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L’astrologie indienne, sœur spirituelle du yoga

L’astrologie védique est la science de la lumière. Pour cause, elle illumine de conscience les parties inexplorées de l’être, afin de permettre une meilleure compréhension du dharma et du karma individuel.

Traditionnelle et spirituelle, l’astrologie védique s’enracine dans plusieurs milliers d’années d’histoire hindouiste. Plus qu’une simple lecture astrale, elle porte en son art, les subtilités d’un chemin menant à l’éveil, à moksha. Justine Savitri, astrologue védique, ouvre les portes d’une pratique profonde et transformatrice. Pour elle, le jyotish transmet la singularité d’un thème astral individuel et permet une rencontre avec le code karmique, les samskaras imprimés sur le corps subtil ou astral. Analogue au code génétique, il décrit les principaux potentiels du corps physique, et a fortiori les potentiels d’une vie incarnée.

Propos recueillis par Sahra Leclerc, journaliste philosophie et spiritualité

Comment appelle-ton votre métier ?

Si l’on veut pratiquer un sanskrit pur, on appellera l’astrologue qui maitrise l’astrologie indienne, un jyotishi. Il pratique le jyotisha qui est la science de la lumière. Mais pour les besoins du langage commun, on emploi plutôt le terme jyotish.

Tout d’abord, où et comment est né le jyotish ?

Cette science est difficile à dater puisqu’elle est universelle. Elle était déjà présente à l’époque des védas. En général, on la date de 900 à 1500 avant J-C, bien que certains puristes professent que les vedas sont nés entre 5000 et 8000 avant J-C. Ce que l’on sait, c’est que l’astrologie védique est née au sein de la civilisation Sarasvati, qui est la plus ancienne civilisation du sous-continent indien. Elle se trouvait entre le Pakistan et le Nord de l’Inde. Assèchement, tremblements de terre et invasions auraient occasionné une migration de cette civilisation vers la région du Gange. Il est à noter que cette civilisation était déjà dotée d’un système politique, d’un code moral, d’une véritable compréhension du système solaire. C’est cela qui a permis de porter l’astrologie védique et de la répandre.

On dit souvent que, comme toutes les sciences védiques, le jyotisha est descendu dans la matière par l’intermédiaire des rishis. Qu’en pensez-vous ?

Oui, il est transmis et écrit par les rishis. Ils ont canalisé des informations à travers la Jyotir Vidya, divinité de la lumière.

Quelle est sa différence avec l’astrologie occidentale ?

La première différence est que le jyotish prend racine dans la philosophie du yoga, dans la culture de l’Inde et de l’hindouisme avec, entre autres, ses divinités, ses mantras, ses yagnas etc. En outre, il y a une autre différence fondamentale qui est liée à la précession des équinoxes. Si l’on doit résumer, il y a de cela 2000 ans, nous pratiquions tous, à peu de choses près, la même astrologie. Mais avec l’inquisition, en Occident, les pratiques ésotériques se sont taries, et nous avons cessé de calculer la précession des équinoxes, tandis que dans le système védique, les astrologues ont continué à en tenir compte. Cela modifie l’essence même du calcul des thèmes.

Pourriez-vous expliquer ce qu’est la précession des équinoxes et comment influence-t-elle l’astrologie védique ?

La Terre effectue un mouvement d’un degré, à reculons, tous les 72 ans, par rapport à son axe. En astrologie védique, nous tenons compte de décalage pour projeter un thème. Par exemple, le Soleil ne revient pas tous les ans en Bélier le 21 mars, selon notre science. Ce calendrier qui est utilisé en Occident est erroné puisqu’il ne tient pas compte de la véritable position des étoiles dans le ciel. Calculer la précession des équinoxes, depuis 2000 ans au moins, permet de conserver une grande acuité dans l’interprétation des astres, pour un individu. Dans l’astrologie sidérale, celle que nous pratiquons, nous tenons compte de ce décalage et donc le 21 mars est finalement en Poissons puisque nous avons reculé. Aujourd’hui, il y a un décalage d’environ 23 degrés, ce qui revient à reculer pratiquement d’un signe.

Cette astrologie est-elle reliée à la tradition originelle ?

Il y a eu plusieurs courants depuis la création du jyotish, car le calcul de la précession des équinoxes n’a pas été le même dans toutes les écoles de l’astrologie védique. Bien qu’il y ait eu des remises en question, l’astrologie sidérale reste une astrologie astronomique, qui se base véritablement sur la position des planètes. En cela oui elle reste traditionnelle. En Occident, on pratique plutôt une astrologie tropicale, ou de saison, qui suit des archétypes fixes, là où l’astrologie védique suit le mouvement permanent des planètes. Mais j’observe quand même que les travaux des astrologues, qu’ils soient védiques ou occidentaux, finissent souvent par donner des résultats qui se corroborent. A mon sens, tous les astrologues sont bénis par la Jyotir Vidya et s’en trouvent abreuvés. Cela donne finalement des informations qui viennent du même endroit, si on peut le dire ainsi, même si elles prennent des formes différentes.

L’astrologie est sujette à interprétation. Alors quelle est la place de l’intuition dans une lecture en astrologie védique ?

Il existe des techniques divinatoires utilisées lors d’une consultation. On peut faire référence, notamment, à hasta samudrika qui est la lecture des lignes de la main. On peut lire aussi signes appelés nimittas, ou prédire l’avenir avec les coquillages. Ce sont des supports de l’intuition qui vont venir compléter la lecture des astres. Cet aspect mystique de l’astrologie indienne se base sur l’allégorie des deux ailes : l’astrologue ne peut voler qu’avec deux ailes, celle de l’intuition et celle de la connaissance. Les deux sont indispensables. Donc l’intuition est une part légitime et encouragée de l’astrologie védique, mais elle se lie forcément à la connaissance.

L’astrologie védique est-elle ancrée dans la religion ?

Oui, l’astrologie védique est enracinée dans la religion et dans la spiritualité. Elle fait référence au panthéon hindouiste. Comme pour un yogi, l’astrologue est également protégé par sa lignée et bénéficie aussi de la protection de la Shakti elle-même. Cependant, des nombreux parallèles peuvent être faits avec d’autres cultures et religions.

Yoga, ayurveda et jyotisha : comment sont-ils reliés ?

Yoga, ayurveda et jyotisha sont trois sœurs qui s’entre-aident. Qu’il s’agisse de favoriser santé, d’accompagner le dharma, de comprendre l’expérience de vie que nous sommes venus faire sur Terre, ces trois sœurs sont complémentaires. En Inde, les médecins ayurvédiques ont aussi des connaissances en jyotish et inversement. Une pratique de yoga peut être plus bénéfique qu’une autre, selon la configuration astrale, et cela peut être lu dans le thème d’un individu.

En tant qu’occidental, quels sont les bénéfices que l’on peut avoir en ayant recours à l’astrologie védique ?

C’est « l’empouvoirement » sur sa vie qui est le grand bénéfice du jyotish ! Il s’agit notamment de comprendre son karma et d’apprendre à vivre au mieux avec. Dans le karma, nous incluons la famille dans laquelle nous sommes nés, la constitution ayurvédique de naissance, certaines prédispositions, c’est ce qu’on appelle le karma fixe. Mais il y a un karma sur lequel nous pouvons agir. Et c’est là que le choix intervient. L’enseignement du jyotish consiste à dire que ce n’est plus à la famille, aux traumas, aux conditionnements, aux dictats sociétaux de décider pour moi. Il y a cette opportunité et cette conscience de changer le mode « par défaut » de l’existence, pour passer à des choix conscients et éclairés.

Illustration par Sarah Tournie
Illustration des 12 signes du zodiaque et des 27 nakshatras en sanskrit” par Sarah Tournié, illustratrice.

Le jyotisha parle-t-il à l’inconscient ?

La partie inconsciente va être, en grande partie, reliée à la posture de l’astrologue. Traditionnellement, avant de se rendre chez une personne, l’astrologue analyse les signes qui sont réverbérés par la vie. Par exemple, s’il voit des corbeaux sur son chemin, ou encore un mendiant, cela renvoie à l’énergie de Saturne. L’astrologue reçoit déjà les messages de la vie dans l’environnement de la consultation. Puis, il analyse la manière dont son client se tient, sa tenue vestimentaire, son comportement, ses habitudes langagières… Cela donne une idée de la problématique de la personne. Puis, en fonction des mots que l’individu énonce, il y a des indices qui sont donnés depuis sur la nature de la planète qui est en jeu. Les remèdes parlent aussi à l’inconscient puisque les mythes fondamentaux sont universels et sont présents dans l’inconscient collectif depuis toujours. Donc, un objet, une couleur, un animal, une plante, porte une information universelle qui va parler à l’inconscient. C’est aussi le cas pour la pratique des mantras qui vient vibrer directement avec l’inconscient d’un individu. Le travail mental représente une infime partie du travail en jyotish. Une grande partie se fait par l’inconscient.

Jusqu’à quelle couche de l’être peut-on se transformer quand on fait un travail en jyotish ?

L’objectif du jyotish est moksha, la libération. Mais il travaille aussi, et avant tout, sur dharma, artha, kama avant de conduire vers moksha.

Si le jyotisha doit mener vers l’éveil, doit-on se préoccuper quand même de la vie quotidienne ?

Certains thèmes sont orientés vers moksha. Il est alors recommandé de conduire sa vie vers le renoncement, une vie de sannyasin par exemple. Mais il y a des thèmes qui sont dominés par dharma, artha ou kama. On peut aspirer à l’éveil tout en ayant un thème avec une prédominance vers artha, donc peut-être avec un karma lié à l’argent. Il est alors possible de mettre sous le tapis cette prédominance mais je ne sais pas si c’est la meilleure solution. La quête de vérité, d’authenticité, est certainement l’aspect de plus important de l’incarnation. En Occident, il arrive souvent que l’on se tourne vers l’éveil parce que la vie matérielle est inconfortable. Il peut être bon d’aller rencontrer ce karma et de résoudre l’inconfort avant d’aller vers la libération. Il existe malgré tout des voies spirituelles qui nous permettent de rencontrer le divin dans la vie quotidienne, de rencontrer moksha dans la vie familiale par exemple. La voie radicale de renoncement n’est pas forcément la meilleure voie pour tout le monde.

Comment définir l’équilibre selon le jyotish ?

Il faut chercher à équilibrer le rejet et le désir, à tendre vers l’équanimité. C’est toute l’aide que peut apporter le jyotish dans la vie d’un individu. C’est accepter de faire ce qui doit être fait, tout en gardant un équilibre devant les différents défis que la vie place sur notre chemin.

Comment peut-on transformer son karma ?

Le jyotish permet de voir ce que nous ne pouvons pas voir, seul. Par essence, on ne peut pas voir tout notre inconscient, et le jyotish va mettre sa conscience sur une problématique issue du subconscient. Alors on peut commencer à purifier son karma puisqu’on met en lumière une impression karmique. La vraie libération c’est transcender les gunas. Donc même si l’on meurt avec plein de qualités sattviques, on va renaître dans une vie confortable et douce, mais on renaît quand même. L’idée est de nettoyer ce qu’il y a à nettoyer sans pour autant refaire d’empreinte karmique. Mais il est quand même préférable de parler d’une vie orientée vers sattva, vers la pureté et la clarté. C’est plus abordable dans un premier temps. Dans un second temps vient le fait de conduire vers l’éveil.

Peut-on parler de guérison dans le jyotish ?

C’est l’individu qui se guérit, avec l’aide divine. C’est sa propre volonté qui guérit. C’est son action et le fait de devenir maître de ses propres choix qui guérit. Il est bon aussi de cultiver le détachement vis- à-vis de l’action. Ne pas chercher les profits de l’action est certainement la voie la plus équilibrée. Avec le jyotish, nous comprenons ce qui doit être fait, au-delà du désir du rejet. Nous n’évitons plus ce que nous rejetons, et nous ne courrons plus derrière ce que nous désirons.

Est-ce que le jyotish peut nous aider à savoir si on fait pour être professeur de yoga ?

Oui, le jyotish nous aide à savoir comment mener une carrière épanouissante. Mais on reste très terre à terre avec le jyotish, on cherche surtout à savoir ce qui nous permet de bien gagner notre vie tout en gardant notre équilibre. Il faut se rappeler quand même que l’enseignant de yoga, traditionnellement, est un renonçant, quelqu’un qui ne cherche pas à gagner de l’argent. Or, aujourd’hui, nous avons une vision erronée de ce que doit être un enseignant de yoga. Parfois, on confond d’ailleurs l’objectif avec le moyen de mise en œuvre. Par exemple, on veut devenir professeur de yoga pour voyager. Dans ce cas, le dharma c’est le voyage, pas le yoga. Il faut réfléchir à un travail qui permet de voyager tout en gardant son équilibre. Et puis, vivre yoga ne veut pas dire être enseignant de yoga. Vivre yoga c’est se mettre au service de l’autre, c’est connaître une union avec l’autre en l’aidant, et cela ne passe pas nécessaire par le fait de donner des cours de yoga postural. Il faut également se garder de tomber dans les illusions liées aux réseaux sociaux qui donnent une image complètement fausse de la profession et de ce à quoi doit ressembler le yoga.

Quels sont les critères pour savoir si un astrologue védique est authentique ? Et comment doit- on se sentir lors d’une consultation ?

Dans un premier temps, il est bien de connaître le parcours de l’astrologue védique ainsi que la personne lui a enseigné cet art. Ainsi, on peut déjà se faire une idée de son expérience. Un de mes enseignants disait toujours qu’un bon astrologue doit avoir étudié l’astrologie pendant 20 ans avant de consulter. Cela donne une idée de la profondeur de cette science et du temps qu’il faut pour en explorer tous les recoins. Par ailleurs, selon moi, un bon astrologue doit avoir de l’humour, doit donner des conseils bénéfiques et non fatalistes. Une vigilance doit être apportée vis-à-vis d’un astrologue qui proposera une vision déterministe de son art. Ensuite, si l’astrologue tente de vendre des rituels ou des puja à prix onéreux pour résoudre un prétendu karma, alors il faut se méfier. Il y a un panel de remèdes possibles. Ce ne doit pas être obligatoirement à prix exorbitant. En outre, on doit aussi se sentir bien et léger durant la consultation. L’astrologue doit montrer de l’humilité car il n’est que le véhicule de la Shakti. S’il montre des signes d’attachement à l’égo, à ses performances, encore une fois, il faut se méfier. De la même manière, un astrologue qui ne se base que sur l’intuition, sans la connaissance, va proposer une vision influencée par ses propres biais. Les deux ailes de l’astrologie doivent être présentes : intuition et connaissance. Et bien sûr, un astrologue qui pratique des prix très élevés, qui pousse à la consultation, qui peut utiliser l’intimidation, doit nous alerter sur l’authenticité de sa pratique. Le secret professionnel doit être préservé. Et à mon sens, un astrologue védique, bien que répondant de l’hindouisme, doit pouvoir s’adapter à toutes les cultures religieuses de ses clients. La règle finale est qu’un astrologue ne doit jamais faire une prédiction à quelqu’un qui ne l’a pas demandé : on ne prédit pas la mort, la maladie, quand la personne ne l’a pas demandée.

Pour Justine Savitri, le thème astral est le document le plus important que nous ayons dans la vie.
L’astrologie védique a pour vocation d’aider à améliorer le karma des individus, tout autant
qu’énoncer des indices quant au destin lisible dans le ciel.

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