Comprendre la nature, toujours changeante, de l’apaisement nous permet de l’accueillir sereinement.

Par Sophie Benard

La notion d’apaisement semble hantée par une fausse évidence. Comme s’il suffisait d’attendre qu’un tel état surgisse naturellement en nous, comme s’il suffisait de rester passif jusqu’à sentir, enfin, nos pensées – et souvent aussi notre corps – glisser vers une reposante quiétude.

Pourtant, et on l’entend très bien quand on désigne par exemple une « politique d’apaisement » qui vise à diminuer des tensions sociales ou internationales, l’apaisement signale un processus plutôt qu’un état. Autrement dit, plutôt qu’une disposition reposante dans laquelle on se (re)trouverait plus ou moins naturellement, l’apaisement renvoie en réalité à un processus toujours en train d’advenir. Or ce processus doit, pour advenir, être rendu possible : il faut lui ménager l’occasion de se réaliser, s’y préparer, en quelque sorte, pour l’atteindre. Mais, alors, comment s’apaise-t-on ? Comment pouvons-nous parvenir, y compris quand notre vie traverse des tempêtes, à retrouver un état de soulagement, à se ménager quelques heures d’accalmie ?

L’apaisement comme processus actif

Bien sûr, les formes que peut prendre l’apaisement sont aussi nombreuses que les états émotionnels qui poussent à le rechercher. Le besoin de s’apaiser naît d’un dérangement, d’un bouleversement. C’est ainsi que l’on cherche, par exemple, à apaiser une douleur, une souffrance, qu’elle soit physique ou morale. On est gêné par une sensation désagréable et on cherche naturellement à la faire disparaître. L’apaisement de la douleur physique montre un aspect essentiel de ce processus : apaiser ne signifie pas forcément faire disparaître, mais plutôt rendre supportable. Une compresse de glace ne supprime pas la douleur musculaire, mais la soulage, et ainsi on est capable de l’appréhender. Et c’est tout aussi vrai quand il s’agit des douleurs morales que représentent les deuils ou les ruptures. Dans ces cas-là, nous cherchons surtout à rendre vivable l’expérience traversée, qui continuera à faire partie de nous, au début, pendant et à la fin du processus d’apaisement. Comprendre l’apaisement comme un processus plutôt que comme un état permet d’approcher une réalité le concernant : il nécessite un travail de notre part. Si nous subissons un dérangement ou une agitation, il reste de notre ressort de parvenir à transformer ce ressenti. Pourtant, l’apaisement exclut, pour se réaliser, de nous imposer une quelconque injonction : à quoi bon, alors qu’une douleur nous fait souffrir, exiger de nous-même qu’elle disparaisse immédiatement, de façon à retrouver un état antérieur ? Se forcer à nier une sensation ou un sentiment ne permet pas durablement de l’apaiser.

Accepter pour s’apaiser

L’apaisement ne peut donc reposer ni sur le déni ni sur la tentative de faire disparaître la cause de notre agitation. Et c’est pourquoi pour apaiser, il faut dans un premier temps accepter. Il est ainsi nécessaire d’identifier les motifs ou les sources qui font obstacle, à un moment donné, à notre soulagement. On apaise en effet une peur, une angoisse ou la douleur de la perte d’un être cher en acceptant qu’elles existent, en les comprenant – c’est la condition sine qua non pour trouver les ressources capables de les surmonter. Marguerite Yourcenar écrit qu’« il y a un apaisement au fond de toute grande impuissance ». Apaiser ne signifie nullement oublier, nier, effacer. Se détacher des choses qui ne dépendent pas de nous – les deuils, la guerre – permet d’apaiser les douleurs qu’elles peuvent faire naître en nous. Face à ces événements, nous ne maîtrisons qu’une donnée, mais elle n’est pas des moindres : la maîtrise de nos émotions. Et c’est en ce sens que le Dalaï Lama peut affirmer que, malgré l’agitation qui nous entoure, « l’apaisement réside en chacun de nous ».

C’est en cela que l’apaisement évoque le concept grec d’ataraxie, qui désigne un état serein, une absence de troubles physiques et mentaux. Centrale dans la pensée du philosophe Épicure, l’ataraxie peut selon lui être atteinte en distinguant les désirs naturels et nécessaires des autres, pour ne chercher à satisfaire que ces premiers. S’il est ainsi nécessaire de suivre nos désirs de nous hydrater et de nous sustenter, par exemple, nos désirs de richesse ou de gloire vont en revanche nous maintenir dans un état de perpétuelle frustration. Autant que l’agitation du monde, il apparaît donc que certains de nos propres désirs peuvent donc faire barrière à notre apaisement.

Mais c’est souvent plutôt notre environnement, proche ou plus lointain, qui semble nous empêcher de trouver l’apaisement. Sans nier sa réalité, il faut ainsi se rendre capable de s’en retirer un moment, de façon à pouvoir prendre en charge ce sur quoi nous pouvons agir, c’est-à-dire nos ressentis et notre façon d’habiter le corps – et c’est justement là que la pratique du yoga entre en jeu.

Pratiquer le yoga pour s’apaiser

Dans la pratique du yoga, il semble que l’apaisement recherché et ressenti repose surtout sur la détente et le soulagement du corps. Les postures qui s’enchaînent plus ou moins rapidement et le travail sur notre respiration nous autorisent en effet à nous libérer des tensions musculaires, à solliciter nos articulations. Tout se passe ainsi comme si nous assimilions – au lieu de les rejeter ! – les tensions accumulées de la journée ou de la semaine, pour mieux vivre avec. Le yoga permet de prendre en compte les éléments avec lesquels nous arrivons sur le tapis – tensions, frustrations, appréhensions, angoisses, etc. – pour les dépasser et les transformer.

La suite de cet article est à lire dans Esprit Yoga n°68, disponible dans notre boutique en ligne.

Sur le même sujet

Rendez-vous dans notre boutique,Et abonnez vous !

Actualités
En kiosque
Newsletter
Suivez-nous